La Station - Nice - France
Du 13-06-2026 au 20-06-2026
Informations sur le vernissage : Vendredi 12 juin, à 18h
Vernissage le vendredi 12 juin, à partir de 18h
Exposition à découvrir du 13 au 20 juin 2026
Arrivée en résidence en mars 2026 à La Station, Marianne Dupain présente en sortie de résidence l’exposition Gronde.
Frigo 15. Marianne DUPAIN
GRONDE
L’exposition s’appelle Gronde. Pourtant tout semble tranquille.
Mais c’est comme ça que ça commence, tout doucement.
Un briquet, des fumées… Le feu couve. Les dés sont jetés.
De gros dés comme les cubes en mousse des enfants. Ou alors des pavés ?
Au mur une plaque laquée reprend les codes graphiques du torchon. Ça évoque l’espace domestique, le travail domestique.
Ce torchon est maculé de traces de fumée. Le Torchon brûle on s’en rappelle, c’est le nom d’un journal féministe du début des années 70. (Et s’il y avait eu une femme dans le groupe Supports/Surfaces, sûr qu’elle aurait été en colère !)
En dépit des apparences, ici les références ne sont pas à chercher du côté du formalisme.
Et par ailleurs, on est loin du boys club de la sculpture érectile.
Marianne Dupain s’inscrit dans une nouvelle génération d’artistes inspirantes, Alexandra Bircken, Thea Djordjadze ou Liz Magor, qui pratiquent l’hybridation, le mélange des matériaux et des techniques sans éluder la question du corps. Comme elles, Marianne Dupain détourne les codes. Elle introduit des textures fragiles et des objets jetables : de l’essuie-tout utilisé comme du papier peint, une cigarette factice, des bouchons d’oreille vert fluo qui s’enfoncent dans les orifices du bois, son matériau de prédilection. Elle, qui a commencé par le métal, préfère en effet aujourd’hui le bois, et il y a dans son travail une sorte de perfection discrète, sans virtuosité tonitruante.
C’est juste et c’est nickel.
Sculpture ou installation ? Quand on lui pose la question, elle hésite un peu. Et finit par répondre sculpture. Les œuvres dialoguent mais restent indépendantes, se libèrent des conventions, sont suspendues au mur, flirtent avec l’horizontalité.
Le corps est sans cesse évoqué, parfois par bribes, un corps tendu, pas alangui, et jamais genré. Ainsi ces deux jambes fléchies qui ne se relâcheront pas. Cette petite table qui fait le pont, ventre offert dans une posture mêlant performance et vulnérabilité.
Ou ce parallélépipède vert malade qui gonfle, gonfle et se bombe, comme rempli d’un souffle retenu (la faute à ces fichus bouchons d’oreille).
La respiration retenue, c’est le moment suspendu avant l’action.
Partie du vocabulaire du monde du sport (ses premiers travaux en évoquent les injonctions parfois contradictoires au dépassement de soi et des autres), Marianne Dupain s’attache désormais à un univers plus intime, où se jouent encore les contraintes imposées aux corps, mais hors compétition. Elle a délaissé les pistes et les stades pour se glisser dans les vestiaires, un lieu intermédiaire qui mêle l’intime et le collectif.
Et elle reste attentive aux enjeux, ceux du monde et ceux de l’atelier.
Ici elle propose une variation sur la révolte.
Comme dit Wittig dans les Guérillères, « tu ne seras jamais trop déterminée pour cesser de parler leur langage, pour brûler leur monnaie d’échange… ».
Tout semble tranquille, et pourtant ça gronde.
Françoise Vigna
